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il est urgent de mieux réguler la virologie


Il y a dix ans, des expériences ayant rendu plus contagieux un virus grippal de type H5N1 faisaient scandale : était-il raisonnable de manipuler des agents pathogènes pour les rendre encore plus dangereux, au prétexte de développer des vaccins et des médicaments susceptibles de nous en protéger, au cas où ils émergeraient dans la nature ? Une décennie plus tard, l’étude de tels « Frankenvirus » est toujours à l’ordre du jour dans certains laboratoires.

Ces derniers mois, plusieurs équipes ont procédé à des recombinaisons de variants du SARS-CoV-2 pour obtenir des chimères potentiellement plus létales, aux Etats-Unis et à Londres. En France, une équipe de l’Institut Pasteur a prépublié en juin une étude faisant appel au « passaging », une technique destinée à faire émerger des mutations permettant à des coronavirus de s’adapter aux cellules humaines – en l’espèce, la virulence est restée inchangée. L’excursion hors d’Afrique de la variole du singe a aussi stimulé une équipe américaine qui, rapportait la revue Science en septembre, veut transférer des gènes de la lignée la plus mortelle à sa cousine actuellement en circulation dans le monde.

Avant que la pandémie de Covid-19 n’éclate, ce type d’expérimentation était pratiqué à Wuhan, au sein d’instituts spécialisés dans l’étude des coronavirus. Certes, l’origine de la catastrophe sanitaire en cours reste un mystère âprement débattu – et savamment entretenu. Le black-out de Pékin sur les données, mais aussi le manque de transparence des organisations américaines qui collaboraient avec les instituts chinois ne permettent pas de trancher entre deux hypothèses : celle d’un passage « naturel » du virus de la chauve-souris à l’homme via un hôte intermédiaire, comme lors des épidémies de SRAS et de MERS ; celle d’une contamination par des coronavirus recueillis lors de campagnes scientifiques de prélèvement sur des chauves-souris, qu’ils aient été ou non génétiquement modifiés en laboratoire.

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Mais une certitude demeure : la pandémie est née aux portes des instituts de recherche qui s’étaient donné pour mission de la prévenir. Le risque d’accidents, même dans les installations les plus sécurisées, est bien documenté. Le bénéfice de ces expériences dites « de gain de fonctions » semble bien plus faible que ce danger.

Vide juridique

En France, un vide juridique subsiste sur la création de nouveaux agents hautement pathogènes, et l’instance créée en 2015 pour veiller à la biosécurité est seulement consultative. Le dispositif mériterait d’être revisité, notaient des experts du domaine dans Médecine Sciences de mars 2022.

En septembre, l’OMS proposait « un cadre mondial pour un usage responsable des sciences de la vie », reconnaissant des failles dans la gestion des risques biologiques au sens large et invitant les Etats membres à s’y attaquer. Il semble donc nécessaire de réestimer l’intérêt de certaines expérimentations. Mais aussi que les scientifiques et leurs tutelles ne soient plus les seuls évaluateurs de ces stratégies de recherche, qui doivent pouvoir être questionnées par la société civile – tant dans le cadre académique que dans le secteur privé.

La réflexion doit être mondiale. En 1957, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait été créée en réponse aux inquiétudes liées au potentiel de destruction de cette technologie duale – à usage civil et militaire, mais aussi potentiellement terroriste. Face aux menaces existentielles engendrées par la biologie de synthèse et la virologie, il y a urgence à réfléchir à une instance comparable.

Le Monde



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