Simon Pagenaud : «Romain Grosjean ? J’admire ce qu’il fait»

Simon Pagenaud : «Romain Grosjean ? J'admire ce qu'il fait»

Dimanche à Indianapolis, Simon Pagneaud s’élancera pour tenter de remporter sa deuxième course dans l’Indiana. Le Français, auteur d’un bon début de saison mais toujours privé de victoire, fait le bilan de son année. Il commente également l’arrivée prometteuse de Romain Grosjean aux Etats-Unis et se projette sur la suite de sa carrière.  

C’est à cinq jours des 500 Miles d’Indianapolis que Simon Pagenaud répond à nos questions, en visio. Le pilote français, expatrié aux États-Unis depuis 16 ans, est un des grands noms de l’Indy Car, la discipline automobile reine outre-Atlantique. Le natif de Montmorillon (Vienne) a même été sacré champion en 2016 et a remporté les mythiques 500 Miles en 2019. Une première depuis 99 ans pour un Tricolore. Pour Le Figaro, il revient sur sa saison, sur le retour du public, mais aussi sur l’arrivée de Romain Grosjean, qui impressionne d’entrée.  

Le Figaro : En partant 26e, une deuxième victoire aux 500 Miles d’Indianapolis cette année est-elle inenvisageable ?  
Simon Pagenaud : La victoire en Indycar est toujours possible même en étant dernier. (Juan Pablo) Montoya était remonté en 2015. (Alexander) Rossi aussi partait de la dernière place quand on s’est battu pour la victoire en 2019. Tout est jouable. L’avantage de partir loin c’est d’apprendre dans le trafic tôt dans la course. Ça permet de travailler son timing pour doubler. Si on se retrouve aux avant-postes en fin de course c’est un avantage. Encore faut-il y aller ! Faut pouvoir remonter. On a une des meilleures voitures en course donc ça me donne du baume au cœur pour dimanche.  

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Quel regard portez-vous sur votre début de saison ?  
Sur le championnat c’est pas mal. Je suis assez satisfait. Je pense qu’il faut encore qu’on aille chercher un peu de performance pure sur les circuits routiers. C’est vrai qu’en ville on est très bien. On va avoir de bonnes chances à Long Beach en fin de saison et ça devrait bien se passer à Détroit également. Après, franchement à Indianapolis nous sommes déçus de la performance (il partira 26e, ndlr). On s’est concentré principalement sur cette course et on n’a jamais trouvé de vitesse pour les qualifications. On n’est pas à la position où on devrait être. Les ingénieurs essaient de comprendre mais c’est très compliqué.  

Votre début de saison convient-il à vos attentes ?  
On aimerait toujours être en tête du championnat donc on est un peu en-dessous de l’objectif (il est 7e au classement général, ndlr). Mais sur le long terme on sera là où on veut être. Faut être patient. Quand on a une voiture qui est capable de gagner, faut gagner. Nous, on n’a jamais été en position de gagner cette saison encore donc il faut travailler. On a gagné le championnat en 2016, les 500 Miles en 2019, donc l’objectif c’est de gagner les deux. C’est haut et difficile à atteindre… mais on ne fait pas de sport automobile pour être troisième.  

«Le public fait partie de la course. C’est fou de voir que même en étant étranger, j’ai une telle reconnaissance du public»

Est-ce que vous avez gagné une forme de reconnaissance dans la catégorie ?
Clairement, surtout aux États Unis ! Même si le Covid nous a empêché d’avoir des spectateurs et donc d’avoir la sensation d’être célèbre. Il y a une réouverture des circuits et c’est incroyable le nombre de signatures que je dois faire. Le temps qu’il faut que je prépare pour aller du garage à la pit-lane. C’est un honneur mais c’est beaucoup de travail aussi parce que parfois j’aimerais me concentrer davantage sur mon pilotage. Mais le public fait partie de la course. C’est fou de voir que même en étant étranger, j’ai une telle reconnaissance du public. Dans le paddock aussi je suis reconnu comme un vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis et c’est un clan très restreint donc ça fait très plaisir. 

Est-ce plutôt votre titre de champion en 2016 ou votre victoire aux 500 Miles d’Indianapolis en 2019 qui a le plus contribué à votre popularité ?  
Les 500 Miles ! C’est sûr ! C’est la course la plus reconnue, c’est la course la plus rapide au monde, c’est là où il y a le plus de primes de course à la fin. Il y a un trophée avec le visage des vainqueurs qui est gravé. C’est la Coupe du monde de football pour nous, le sport automobile.  

Plus que la Formule 1 ou les 24 heures du Mans ?  Évidemment être champion du monde de Formule 1 c’est quelque chose d’incroyable. De remporter les 24 heures c’est également une très belle étiquette à avoir. De gagner les 500 Miles pour un Français… notre culture n’est pas sur les courses ovales donc pour moi c’est encore une plus grande fierté parce que c’est un sport très lointain qu’il a fallu apprendre et en devenir maître ensuite.  

Vous aimeriez retenter votre chance au Mans ? 
J’ai fini deuxième la dernière fois que j’y étais (en 2011, NDLR). J’espère pouvoir y revenir un jour et remporter la victoire, ce serait un sacré palmarès d’avoir remporté les 500 Miles et les 24 heures du Mans. 

«D’un côté c’est très perso, très égoïste mais je suis très heureux que Romain (Grosjena) vienne en Indy Car car il va apporter de la lumière sur la catégorie»

Sentez-vous une mise en lumière de plus en plus importante de l’Indy Car en France depuis quelques années ?  
C’est un sport lointain. En plus avec le décalage horaire c’est difficile de suivre les courses. Mais 2019 et la victoire, ça faisait 99 ans qu’un Français n’avait pas gagné cette course, donc ça a changé beaucoup de choses et ça m’a permis d’être beaucoup plus reconnu en France. Je m’en suis rendu compte sur mes réseaux sociaux ou d’un seul coup j’ai eu un gros boost de fans français. Aujourd’hui on est presque à moitié-moitié. On est encore plus aux États-Unis mais on est quasiment à égalité. Donc ça fait plaisir. Avec l’arrivée de Romain Grosjean, on a une grosse lumière sur l’Indy Car donc ça c’est génial.  

Y’a-t-il plus de médias étrangers qui s’intéressent à la catégorie depuis l’arrivée de Romain Grosjean ?  
Ce sont surtout des médias français qui montrent beaucoup plus d’intérêt pour la catégorie parce qu’il y a une belle histoire avec ce qu’il s’est passé pour Romain à Bahreïn et ce qu’il fait en Indy Car. Il est arrivé dans une petite équipe pleine de bonnes intentions et qui lui donne une bonne voiture. Il fait de bonnes performances et ça permet aux médias d’être plus intéressés. Pour Sébastien Bourdais et moi qui avons eu beaucoup de succès aux États Unis c’est génial parce qu’on parle de ce sport depuis tellement longtemps et là les portes s’ouvrent. Je pense que là, le train est en route.  

Êtes-vous jaloux de toute la lumière il peut apporter sur l’Indy Car en seulement trois courses ? 
Ça m’apporte énormément qu’il soit en Indy Car parce que j’ai des partenaires français, qui sont heureux de voir que la catégorie est de plus en plus suivie. D’un côté c’est très perso, très égoïste mais je suis très heureux que Romain vienne en Indy Car car il va apporter de la lumière sur la catégorie dans laquelle je suis. C’est un vrai business avant tout aussi ! Donc je ne suis pas jaloux. Enfin, si ! De ses performances parce que je veux être meilleur que lui ! Je ne suis pas jaloux d’une manière négative. J’admire ce qu’il fait, c’est beau ce qu’il fait. En tant que compétiteur il faut l’accepter.  

«Personnellement c’est la saison où physiquement j’ai fait le plus grand pas en avant. Je ne me suis jamais senti aussi bien en tant qu’athlète»

Êtes-vous surpris des très bonnes performances de Romain Grosjean ?   Je ne suis pas surpris parce que Romain c’est un pilote très rapide. On a démarré ensemble en Formule Renault dans les années 2000 et je savais qu’il était rapide. La F1 et l’Indy Car ne sont pas si éloignées que ça. Ce n’est pas comme Michael Jordan qui est passé du basket au base-ball. C’est un sport très proche. C’est le même style de pilotage à quelques variantes près, mais ce n’est pas énorme. Comme c’est un pilote rapide et qu’il est dans une écurie qui fait de belles prouesses, c’est assez logique qu’il soit aux avant-postes. Il y aura certainement des pistes où ils seront moins à l’aise et où ce sera plus difficile pour Romain. Mais d’autres circuits comme à Indianapolis où ils seront bien et Romain sera devant. Ça me semble logique honnêtement qu’il soit bon.

Que pensez-vous du retour du public sur les circuits ?  
On a eu beaucoup de public en Floride parce que c’est complètement ouvert. Au Texas aussi. On retrouve un peu de normalité je dirais cette année. Là on va avoir 140.000 spectateurs à Indianapolis contre 350.000 d’habitude. A 140.000 ça va paraître un peu vide mais c’est génial de pouvoir retrouver les spectateurs à nouveau et d’avoir cette interaction qu’on avait perdue. On ressent de l’énergie sur le circuit. 

Vous avez 37 ans, comment vous projetez-vous dans le futur ?  
Personnellement c’est la saison où physiquement j’ai fait le plus grand pas en avant. Je ne me suis jamais senti aussi bien en tant qu’athlète. On a fait de gros progrès sur la nutrition. On a trouvé un système qui fonctionne vraiment bien pour la préparation physique. J’ai l’impression d’avoir 22 ans à nouveau ! Le chiffre 37 ne veut pas dire grand-chose. Je m’éclate au volant donc tant que ce sera le cas et tant que j’aurais les performances, je continuerais en Indy Car. Si c’est 44, 45, 46 ans, j’irais jusque-là. Et puis il y a un rêve qui est de revenir au Mans. J’aimerais reparticiper aux 24 heures et remporter la victoire.

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