la dernière danse de l’entraîneur brestois Laurent Bezeau


Laurent Bezeau lors d’une rencontre entre le Brest Bretagne Handball et Odense HC, à Odense, au Danemark, le 26 janvier 2019.

« On aime les belles histoires et ce sont celles qui se terminent bien. » La phrase, signée Gérard Le Saint, coprésident du Brest Bretagne Handball (BBH), résume les huit années passées au côté de Laurent Bezeau. Le technicien de 52 ans dirigera, les 29 et 30 mai à Budapest, ses deux derniers matchs à la tête du BBH lors du « Final Four » – « finale à quatre » – de la Ligue des champions féminine. Le premier de l’histoire du club, qui aura fort à faire, samedi à 15 h 15, en demi-finales contre les Hongroises de Györ, cinq titres européens au palmarès, dont les trois derniers (2017, 2018 et 2019). Le BBH jouera une nouvelle rencontre dimanche dans la capitale hongroise, soit pour tenter d’arracher la victoire (à 18 heures), soit pour disputer la troisième place (15 h 15).

La « belle histoire » finit toutefois de façon un peu abrupte : en novembre, le club finistérien a décidé de ne pas prolonger le contrat de son entraîneur. « On était à la fin d’un cycle, justifie Gérard Le Saint. Au bout de huit ans, il y a peut-être une usure normale, le besoin de fraîcheur. »

« Je peux comprendre qu’on ait envie de créer une nouvelle histoire, assure Laurent Bezeau. Mais humainement, je suis excessivement impacté, déçu qu’on n’ait pas voulu me proposer autre chose. » A défaut, il rejoindra Claude Onesta, au début de juillet, à l’Agence nationale du sport.

La séparation avec Laurent Bezeau est d’autant plus surprenante que les résultats du BBH n’ont jamais été aussi bons. « On ne veut pas faire l’année de trop », précise Gérard Le Saint.

Une finale incroyable contre Metz

Avant même de savoir si Brest réussira l’exploit de se qualifier pour la finale de la Ligue des champions féminine, l’histoire de Laurent Bezeau se clôture de la meilleure des façons. Le doublé national est déjà acquis. Vainqueur de la Coupe de France le 15 mai contre Nantes (37-33), Brest a ensuite renversé Metz et ses 23 titres de champion de France grâce à un exploit monumental au match retour (29-22), le 23 mai.

Pour la dernière sortie de Laurent Bezeau à l’Arena de Brest – une salle de 5 000 places inaugurée en 2014 –, les Rebelles (surnom donné aux Brestoises) ont remonté l’écart de 7 buts infligé au match aller (24-31) pour remporter le titre national grâce à un plus grand nombre de buts inscrits à l’extérieur.

« Les nerfs ont lâché, confesse le futur ex-coach brestois. Il y avait une grande envie de remporter ce titre pour partir de la meilleure façon qui soit. » « Il y avait de l’émotion, confirme Gérard Le Saint. Il a tout donné pour le club, son investissement est total. »

Ce titre est surtout l’aboutissement d’un projet ambitieux développé par les frères Le Saint, également propriétaires et présidents du club de football, le Stade brestois (Ligue 1). A la tête d’une grande entreprise locale, ils ont créé le Brest Bretagne Handball sur les ruines de l’Arvor 29, placé en liquidation judiciaire juste après son titre de champion de France, en 2012.

De la Nationale 1 au top 4 européen

Après trois premières années au club, de 2009 à 2012, puis un court intermède comme sélectionneur de la Tunisie, Laurent Bezeau avait posé de nouveau ses valises dans la ville portuaire en 2013. Sur les bords de l’Atlantique, le Tourangeau espérait alors s’installer à long terme. « Je m’y suis tout de suite plu, se remémore-t-il. Les gens sont exceptionnels, sincères, sympathiques et accueillants. C’était intéressant de prendre racine ici. »

A son retour, le club venait d’être relégué en Nationale 1, l’équivalent de la troisième division, et tout restait à construire. « L’objectif était de remonter en première division et de devenir un jour champion de France, raconte le manageur. C’est une formidable épopée. En sept ans, partir de la N1 pour aller au Final Four, c’est assez exceptionnel. »

Lire aussi : De la faillite au « Final Four » européen : Brest prend le pouvoir sur le handball féminin français

Année après année, le club s’est structuré et a progressé afin de retrouver les sommets du handball féminin tricolore. La saison 2015-2016 a été exceptionnelle. Encore en deuxième division, le BBH a décroché la première Coupe de France de son histoire, avant de monter la saison suivante en Division 1. « C’est le premier gros challenge réussit avec Laurent [Bezeau] à la tête du club », se souvient Gérard Le Saint. « On était à Bercy avec un mur blanc de supporteurs bretons, toute la diaspora était présente », sourit le coach.

Plusieurs joueuses sur le départ

Le 29 mai, Brest deviendra la deuxième équipe française à disputer un Final Four de Ligue des champions féminine, après Metz en 2019. Une fin en apothéose pour le Breton d’adoption, qui mesure le chemin parcouru. « C’était un sacré challenge de réussir à atteindre en si peu de temps un Final Four. Dire que c’était possible lorsqu’on était en N1 aurait été prétentieux. »

Désormais, le BBH fait partie des grandes équipes et Laurent Bezeau ne s’interdit pas de rêver. « Battre Györ, qui est la meilleure équipe du monde, chez eux, serait un exploit, mais c’est réalisable, se persuade Laurent Bezeau. C’est possible de gagner le titre car, sur un week-end, tout peut arriver. »

Lire aussi La Hongrie, eldorado du handball féminin français

L’entraîneur des Rebelles ne sera pas le seul à quitter le navire après ce week-end hongrois. La Slovène Ana Gros, élue meilleure joueuse de la Ligue féminine de handball cette saison, rejoindra le CSKA Moscou en 2022, alors que le contrat de la Suédoise Isabelle Gulldén n’a pas été prolongé. « Pour Isabelle, on n’a pas les moyens de s’aligner, et Ana a eu une proposition supérieure, sur laquelle on ne pouvait pas s’aligner », détaille Gérard Le Saint.

Les effets du Covid-19 se sont fait sentir sur le BBH, qui a réalisé 1 million d’euros d’économies pour afficher un budget aux alentours de 5 millions la saison prochaine. La fin d’un cycle pour Brest, qui file à Budapest pour « apprendre et découvrir », selon les termes de Gérard Le Saint, qui aimerait voir son club décrocher la Ligue des champions « vers 2026 ».

Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *