l’horizon reste bouché pour les Françaises et les Français


Hugo Gaston, à Roland-Garros, le 4 octobre 2020.

« C’est difficile… » Quand on les interroge sur l’état du tennis français, alors que l’édition 2021 du tournoi de Roland-Garros ouvre ses portes, dimanche 30 mai, les observateurs assidus de la petite balle jaune cherchent un peu leurs mots. « Depuis que le circuit a repris au mois d’août 2020 après l’interruption due au Covid-19, aucun Français ou Française n’a fait de grosse performance », constate Amélie Mauresmo, désormais consultante du nouveau diffuseur, Amazon Prime Video.

Si, du point de vue du contingent hexagonal, l’édition 2020, exceptionnellement automnale, a pu être pétillante jusqu’en huitièmes de finale, grâce notamment à Hugo Gaston, le cru 2021 s’annonce sans bulles. « Chez les hommes comme chez les femmes, le tennis français est en difficulté, expose l’ancien joueur Fabrice Santoro, également recruté par Amazon. Il n’y a aucune certitude, on ne peut qu’espérer qu’une bonne surprise advienne. »

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Entre blessures et méforme, le contingent bleu arrive en ordre dispersé porte d’Auteuil, et en est réduit à rêver d’un exploit. Ou, comme le tourne Fabrice Santoro, double vainqueur de la Coupe Davis avec les Bleus, « que la magie de Roland-Garros opère ».

Les récents résultats sont éloquents : avec aucun d’entre eux dans les trente meilleurs joueurs de la saison (Jérémy Chardy est 37e), les Français ne font cette année plus partie du gratin mondial. Le temps où l’on envisageait qu’un des « Nouveaux Mousquetaires », Gaël Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet ou Gilles Simon, fasse bonne figure dans le tournoi semble lointain.

« Au regard des classements, on pouvait s’attendre il y a quelques années que tel ou tel joueur serait en deuxième semaine. Aujourd’hui, si un joueur est en deuxième semaine, c’est qu’il aura réalisé un exploit, tranche Fabrice Santoro. Si le classement est respecté, il n’y aura pas de Français en deuxième semaine. »

Longue chute pour les Bleues

Le tableau n’est guère plus reluisant chez les femmes. Si, à l’automne 2020, Caroline Garcia et Fiona Ferro avaient franchi trois tours porte d’Auteuil, la saison 2021 s’apparente à une longue chute pour les Bleues. Depuis avril – et pour la première fois depuis 1986 –, plus aucune Française ne figure dans le top 50 mondial. Un constat qui illustre la difficulté à voir une nouvelle génération émerger.

La relève peine à se faire une place au soleil. « Quelques jeunes pousses pointent, mais les deux dernières années ont encore compliqué les choses, observe l’ancien entraîneur de Yannick Noah, Patrice Hagelauer. Quand on n’est pas dans les classements qui vous permettent d’entrer dans les gros tableaux, c’est compliqué. »

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Les conséquences de l’épidémie de Covid-19 se font particulièrement sentir pour les joueurs au-delà de la 100e place mondiale, constate Fabrice Santoro : « Pour ce deuxième wagon, le gel des classements a été difficile à accepter, car ça les a lésés et cela a ralenti leur progression. »

Ce gel des classements ATP et WTA a été mis en place à la suite de l’interruption du circuit il y a un an, pour protéger les joueuses et joueurs ne souhaitant pas, ou ne pouvant pas voyager pendant la pandémie. Ne s’achevant qu’en août, il ne favorise pas les joueurs et joueuses en forme.

Frustration et fatalisme

Avec une seule victoire au compteur depuis plus d’un an et de nombreuses blessures, Gaël Monfils reste ainsi dans le top 15 mondial. A contrario, en dépit de 14 défaites en 16 matchs en 2021, Benoît Paire conserve le 40e rang mondial, et a reconnu « profiter du système » après sa défaite au Masters 1000 de Rome : « Je suis toujours très bien classé alors que j’ai gagné deux matchs en deux ans. »

Ce système permet au Français – et à d’autres – de continuer à être qualifié pour les plus grands tournois, là où, en dépit de meilleurs résultats, un certain nombre de joueurs ne passent pas le « cut ».

Parmi ces derniers figure par exemple Arthur Rinderknech, qui, face à cette situation, oscillait début mai entre frustration et fatalisme. « C’est un peu gênant quand on voit certains joueurs qui ne jouent pas, n’ont pas une grande motivation ou sont sur la fin, qui en profitent pour continuer à aller juste sur les gros tournois et empocher les gros prize money [les dotations des tournois]. On se dit que ça fait des places perdues », relevait-il, interrogé par L’Equipe.

Comme Benjamin Bonzi, autre Français en forme, mais évoluant surtout sur le circuit Challenger (la deuxième division du tennis), le joueur de 25 ans a bénéficié d’une wild card (une invitation) des organisateurs pour disputer Roland-Garros.

Si le ciel semble couvert sur la quinzaine de Français, la météo a prévu du ciel bleu sur la porte d’Auteuil la semaine qui vient. Suffisant pour rêver d’une éclaircie ?

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