« A l’heure du numérique, le tennis est un dinosaure »


Patrick Mouratoglou, entraîneur et coach de joueurs de tennis à la Mouratoglou Tennis Academy, le 5 mai 2021, à Biot (Alpes-Maritimes).

Depuis un an, le tennis a subi un fort coup d’arrêt, mais lui a rarement été aussi occupé. Déjà fondateur d’une académie à son nom, à Sophia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes, Patrick Mouratoglou a lancé en 2020 un centre de tennis à Dubaï puis un autre en Grèce, le pays de son père. L’entraîneur de l’Américaine Serena Williams a aussi profité du vide sur le circuit généré par la pandémie de Covid-19 pour installer l’Ultimate Tennis Showdown (UTS), un format de compétition qui entend casser les codes du tennis traditionnel : matchs se disputant non en sets mais en quatre quart-temps, coaching autorisé, service unique, etc. Il livre son regard sur le tennis aujourd’hui, au moment où commence le tournoi de Roland-Garros.

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Comment le tennis se porte-t-il alors que la pandémie n’est pas finie ?

La pandémie a mis à mal l’économie du tennis, notamment celle des tournois, car beaucoup n’ont pas pu se tenir. Cela dit, c’est surprenant parce qu’il y en a plein qui se montent aussi sans que je comprenne comment : les droits télé sont les plus bas de l’histoire, le sponsoring n’est pas la priorité des entreprises, il n’y a pas ou peu de billetterie. Et pour les joueurs, c’est dur : au-delà du top 100, c’est la quatrième dimension, mais même pour beaucoup de joueurs du top 100, c’est compliqué. J’en connais qui ont gagné un ATP 250 mais ont perdu de l’argent sur le tournoi… La question, c’est : dans quel état le circuit va-t-il se relever ?

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Avant même la crise due au Covid-19, le tennis était déjà en perte de vitesse…

Le tennis va très, très mal sauf que le grand public ne le voit pas parce que, en apparence, il se porte très bien. On a les trois plus grands champions de l’histoire qui jouent en même temps, il y a beaucoup plus de prize money qu’avant… Mais les résultats des études commandées par les chaînes de télévision sont systématiquement les mêmes : l’âge moyen du fan de tennis, c’est 61 ans ; il y a dix ans, c’était 51 ans. A ce rythme, dans trente ans, il n’y aura plus de fans puisque le tennis ne renouvelle pas sa base et ne séduit pas du tout les jeunes. Or, depuis dix ans, la manière de consommer a été bouleversée par l’arrivée des réseaux sociaux, des plates-formes de streaming, etc.

A quoi cette non-remise en question tient-elle ?

A deux raisons. La première, c’est que le tennis est extrêmement conservateur et ancré dans la tradition, ce qui est à la fois un point fort et un point faible. Il y a beaucoup d’histoire, les Grands Chelems en sont l’expression parfaite, mais au moindre changement, les conservateurs, très puissants, crient au scandale. La deuxième raison, c’est que c’est trop politique, il y a trop d’instances dirigeantes.

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