«Cette saison, j’ai une double revanche à prendre»


Lors d’un entretien au Figaro, la snowboardeuse française a confié son envie de réaliser une saison pleine, avec comme objectif les Jeux olympiques de Pékin où elle compte bien effacer son échec de Pyeongchang.

Chloé, comment vous sentez-vous au moment d’aborder cette saison olympique ?
Chloé Trespeuch : Plutôt bien. Assez revancharde vis-à-vis de la saison dernière qui avait été trop irrégulière à mes yeux. J’ai fait des podiums, mais aussi de véritables contre-performances et j’ai à cœur d’aller chercher cette régularité après laquelle je cours depuis déjà un certain nombre d’années. J’ai un peu modifié ma préparation physique. J’ai découvert plein de nouveaux sports qui m’ont permis de vraiment trouver une motivation et une intensité dans l’entraînement. J’ai fait du semi-marathon, du trail, de l’alpinisme… Je me rends compte que j’adore les nouveaux challenges, cela me motive encore plus et j’en ai ajouté tout au long de l’été pour conserver cette intensité qu’on a tendance à perdre quand une certaine routine s’installe.

Vous parliez de revanche. Cela devrait être le mot d’ordre de votre saison puisque les jeux de pékin pourraient s’inscrire comme une revanche de ceux de Pyeongchang, où vous aviez échoué en finale à la 5e place…
Complètement. J’ai une double revanche à prendre, que ce soit par rapport à la saison dernière ou à ces Jeux de Pyeongchang où j’ai chuté si près du but. Mon but, ce sera de retrouver mes sensations, ma combativité, et du coup d’être moins envahie par le doute comme ce fut le cas la saison dernière. Je dois retrouver ce plaisir de concourir à 100%. Et je crois que je suis sur la bonne voie sur ce côté-là.

Il est surprenant de vous entendre parler de doute alors que vous avez été vice-championne du monde (2017) et médaillée de bronze olympique (2014). On pourrait s’attendre à une athlète sûre d’elle-même avec un tel palmarès…
Je doute quasiment tout le temps depuis le début de ma carrière. Sauf au moment du départ où là, il n’y a plus aucun doute. C’est à ce moment-là précis que je retrouve mon caractère de fonceuse. Mais pour le reste, oui, le doute est toujours là. Je le vois plutôt de manière positive car il me permet de me remettre en question, de m’améliorer, de changer certaines choses à l’entraînement pour que cela me convienne mieux… Donc j’estime que le doute est essentiel dans une carrière. Mais à partir du moment où je suis dans le portillon de départ ou que je suis en pleine course, là, il ne faut plus qu’il y ait le moindre doute dans ma tête. Si je prends une décision, je dois le faire avec une conviction absolue. Or, l’année dernière, mon problème a été que le doute était aussi là durant ma pratique et cela me faisait perdre mon âme de fonceuse.

Je travaille beaucoup la réactivité, mon temps de réaction au départ pour réussir à prendre la bonne décision le plus vite possible quoiqu’il arrive devant

Chloé Trespeuch

Vous évoquez aussi cette régularité après laquelle vous courrez. Mais dans votre discipline, soumise à tellement d’aléas, est-ce réellement possible d’être régulière ?
Oui, c’est certain que je ne peux pas contrôler ce que mes adversaires vont faire en course, notamment leurs erreurs qui peuvent avoir une répercussion directe sur ma course. Maintenant, si j’arrive à partir devant, je minimise fortement cette part de risque. Ce qui explique pourquoi je travaille beaucoup la réactivité, mon temps de réaction au départ pour réussir à prendre la bonne décision le plus vite possible quoiqu’il arrive devant. Cela me permet de rester bien concentrée. Je pense que cette régularité n’est pas inaccessible en snowboardcross. Pierre Vaultier (double champion olympique en 2014 et 2018) l’a démontré chez les hommes. Je vais essayer de m’en rapprocher autant que possible.

Chloé Trespeuch Panoramic

Concernant ces Jeux à Pékin, avez-vous des craintes particulières par rapport au contexte sanitaire ?
Non, pas forcément. Évidemment, je suis frustrée qu’il n’y ait pas de spectateurs étrangers, donc français. Je ne pourrais pas ressentir l’énergie de ma famille dans les gradins. Mais je vais faire comme d’habitude depuis deux ans, je vais m’adapter (sourire). Je serai encore plus dans ma bulle, encore plus focus sur la performance. Il faut accepter les contraintes liées au Covid, d’autant que tout le monde les vit. Il n’y a pas de raison que l’on soit une exception.

Avez-vous demandé aux athlètes qui ont vécu Tokyo leur ressenti ?
Oui, j’ai beaucoup échangé avec Laura Tarantola qui a été médaillée d’argent en aviron car nous sommes toutes deux des athlètes SNCF. J’avais envie de savoir comment elle avait vécu ses Jeux, le contexte sanitaire, les contraintes… Je voulais aussi lui demander comment elle avait réussi à se mettre dans sa bulle malgré une pression décuplée par le report d’un an. En plus, nous avons le même préparateur mental, ce qui nous rapproche. L’absence du public et comment la gérer m’intéressait aussi. Elle m’a dit que cela lui avait permis d’être un peu moins déconcentrée ou de vouloir profiter d’autre chose. Je pense que c’est comme ça qu’il faut le prendre, comme un mal pour un bien. Il y a du positif à tirer de chaque situation.

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