Lionel Messi ou la force de l’habitude


Lionel Messi reçoit son 7e Ballon d’or au théâtre du Châtelet, à Paris, le 29 novembre 2021.

Un Ballon d’or à domicile. Lundi soir au théâtre du Châtelet, à Paris, Lionel Messi est venu récupérer en voisin et en costume scintillant un septième Ballon d’or.

Les mauvaises langues diront qu’il s’agit de son action la plus notable depuis son arrivée surprise au Paris Saint-Germain (PSG) en août. A 34 ans, l’Argentin éloigne la menace représentée par Cristiano Ronaldo (quintuple vainqueur), tombé du podium pour la première fois depuis 2006 avec sa sixième place.

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Leo ou Cristiano ? Cristiano ou Leo ? Depuis 2008, ce duel Beatles ou Stones du football vampirise un trophée dont on ne sait plus s’il récompense le meilleur joueur de l’année ou le meilleur joueur tout court. En 2018, Lukas Modric, n’a jamais été qu’une exception confirmant la règle lassante à la fin.

Cette victoire, l’intéressé sait qu’il ne l’a pas gagnée sur les pelouses de Ligue 1 sur lesquelles il promène au petit trop son talent malgré trois passes décisives, dimanche, sous la neige stéphanoise. Il ne l’a pas remporté non plus lors de ses derniers mois au FC Barcelone malgré des statistiques plus conformes à ses standards. « Je pense que j’ai obtenu ce trophée pour ce que nous avons réussi à faire à la Copa America », a estimé le lauréat.

Lucide. Messi mesure l’importance émotionnelle et symbolique de ce premier titre avec l’Argentine (en dehors de sa médaille d’or aux Jeux olympiques en 2008), lui qui était vu, au pays de Maradona, comme un enfant « adopté » de la Catalogne plutôt qu’un gamin de Rosario, sa ville natale.

Visiblement, l’histoire était trop belle dans l’esprit des 180 votants et a primé sur le reste. Les débuts ratés de Messi au PSG ? Pas grave. Pas plus que les saisons XXL de Robert Lewandowski et de Karim Benzema au plan individuel ou le doublé Ligue des champions-Euro de Jorginho. Troisième, l’Italien aurait pu rafler la mise au nom du critère du palmarès, mais son profil de milieu défensif n’était pas le bon face à la force de l’habitude que constitue le vote Messi.

Messi demande un Ballon d’or pour son dauphin

Comme un Virgil van Dijk en 2019, Robert Lewandowski a été victime de ce raccourci clavier : meilleur joueur = Messi. Malgré la déception, le Polonais a honoré la cérémonie de sa présence à la différence d’un Benzema, quatrième, ou d’un Ronaldo.

L’attaquant du Bayern Munich savait pourtant qu’il n’était pas l’heureux élu puisque le vainqueur est prévenu dix jours plus tôt. Dans un monde sans Covid-19, Lewandowski aurait été sacré en 2020, mais France Football (organisateur du trophée) avait préféré sauter cette année plutôt qu’ajouter un astérisque « trophée remporté dans des circonstances exceptionnelles dues à la crise sanitaire du Covid-19. »

Conscient de cette petite injustice, Lionel Messi a demandé que l’oubli soit un jour réparé. « Je veux dire à Robert [Lewandowski] que c’est un honneur de me battre à tes côtés. Tu méritais ton Ballon d’or l’année dernière. Tout le monde était d’accord. J’espère qu’on va te le donner et que tu l’auras chez toi, parce que tu le mérites. » L’intéressé a eu l’air d’apprécier ces mots de noble vainqueur.

A 33 ans, Lewandowski paye d’être un général sans grosse armée nationale (la Pologne a été éliminée au premier tour de l’Euro) et d’évoluer dans un club dont le lobbying n’entre pas dans la culture maison. A la différence du Real Madrid ou du Barça, les dirigeants du Bayern rechignent à ces campagnes électorales pour placer leurs champions. En Bavière, le collectif prime, et Lewandowski est une étoile qui brille juste un peu plus que les autres.

Messi, lui, apporte son premier Ballon d’or au PSG. Clin d’œil du destin, George Weah avait remporté le trophée en 1995 comme joueur du Milan AC après son transfert pendant l’été. Avant cela, le Libérien avait terminé en roue libre son aventure parisienne avec un but en championnat de France entre janvier et mai. Un but, soit le total actuel de Messi en Ligue 1.

Son nouveau président, Nasser Al-Khelaïfi, n’a rien trouvé à redire de son côté. Bien au contraire. « Comme tous nos supporteurs à travers le monde, nous nous réjouissons de voir évoluer l’un des plus grands joueurs de tous les temps sous le maillot Rouge et Bleu », a commenté « NAk ». C’est aussi cela la force et la magie Messi. Même quand il n’est plus vraiment le meilleur, le souvenir encore vivace de son génie suffit pour faire croire le contraire. Les autres n’ont qu’à attendre leur tour.

Alexia Putellas Ballon d’or féminin

A 27 ans, la milieu du FC Barcelone succède à Ada Hegerberg (2018) et Megan Rapinoe (2019). Elle est récompensée pour sa formidable saison, elle qui a réalisé le triplé championnat-coupe-Ligue des champions avec le club catalan. « Ce Ballon d’Or récompense beaucoup de sacrifices. J’avais la passion de mon sport et je remercie ma famille de toujours avoir été derrière moi. Etre la première barcelonaise à remporter ce trophée féminin signifie beaucoup. J’ai le privilège de représenter beaucoup de gens. Ce n’est que le début » a déclaré la joueuse. Putellas amène à l’Espagne son premier Ballon d’or depuis… 1960 et la victoire de Luis Suarez, mythique attaquant du Barça.

Le prix Kopa du meilleur joueur de moins de 21 ans est revenu à un autre joueur du FC Barcelone : Pedri. Le milieu de terrain a été la révélation de l’Euro avec l’Espagne. Vainqueur de ce championnat d’Europe avec l’Italie, Gianluigi Donnarumma (passé de l’AC Milan au PSG cet été) remporte le trophée Yachine du meilleur gardien.

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