Au chevet des Verts, Pascal Dupraz rechausse les bottes du pompier de service


Nouvel entraîneur de l’AS Saint-Etienne, Pascal Dupraz se lance dans une périlleuse mission maintien. Une spécialité pour le coach de 59 ans.

«Je ne sais pas pourquoi, je réfléchis à Bodiger avec son pied gauche… Je ne sais pas pourquoi, j’ai ça dans la tête.» C’est le genre d’intuition presque mystique dont aurait besoin l’AS Saint-Étienne, en ce moment, pour se remettre la tête à l’endroit. La phrase, prononcée par Pascal Dupraz et captée par les caméras de Canal+, a écrit une folle page d’histoire du Toulouse FC. Yann Bodiger, milieu défensif entré en cours de jeu, a inscrit le but de la victoire et donc du maintien du TFC, sur coup franc lors de la dernière journée de Ligue 1, le 14 mai 2016, contre Angers (2-3). Avec 10 points de retard sur le premier non-relégable à 10 journées de la fin, les Violets semblaient condamnés. Mais en deux mois et demi, Pascal Dupraz a réinsufflé vie au club toulousain, bouclant une opération commando qui a fait de lui un personnage.

Jouer le maintien en Ligue 1, Pascal Dupraz y est rompu. Le technicien de 59 ans l’a fait trois saisons de suite avec Evian Thonon-Gaillard. L’ancien attaquant a découvert le FC Gaillard (qui deviendra le Football Croix-de-Savoie, puis l’Olympique Croix-de-Savoie et enfin l’ETG) en 1991, alors qu’il achevait sa carrière de joueur. Il y sera entraîneur pendant près de 15 ans, avant d’enfiler le costume de directeur sportif, jusqu’à la montée en Ligue 1. C’est en septembre 2012, alors que l’ETG patauge à la 18e place synonyme de relégation, que Dupraz remplace lui-même Pablo Correa sur le banc. Le Haut-savoyard laissera Evian au 16e rang, et lui fera surtout vive une épopée en Coupe de France, éliminant le PSG en quart de finale et craquant à la dernière minute en finale, face à Bordeaux (2-3).

« Chaque semaine, il réinventait quelque chose, et ça repartait. »

Étienne Didot, milieu de Toulouse en 2016

Mission accomplie à Evian donc. À Toulouse aussi, comme évoqué précédemment. «Trois jours après mon arrivée, j’ai fait une syncope. Je me suis affaissé au milieu des joueurs. Ça a certainement créé un lien particulier entre eux et moi», a confié Dupraz à Canal+. Ces joueurs, c’était Lafont, Didot, Braithwaite ou encore Ben Yedder. Dans un discours guerrier avant l’ultime déplacement à Angers, Dupraz fait monter les larmes aux yeux de quelques-uns de ses hommes : «Vous méritez de vous maintenir. Ça fait deux mois et demi que je vous dis que vous allez vous maintenir. […] C’est maintenant qu’il faut le faire. Ce n’est pas demain, ce n’était pas hier. C’est maintenant.»

Des histoires qui commencent bien… et se terminent mal

Étienne Didot confirmera ces propos un an plus tard. «Il nous avait promis ça d’entrée, alors qu’on avait la tête dans le seau, acquiesçait-il pour Ouest-France . On l’a pris pour un fou. Chaque journée qui passait, il ne nous lâchait pas. Il n’y avait que ça qui comptait pour lui. Chaque semaine, il réinventait quelque chose, et ça repartait.» Puis il y a eu le passage à Caen, 17e de Ligue 2 lorsque Dupraz y pose ses valises, en octobre 2019. Le Stade Malherbe relève alors la tête en alignant 8 matches sans défaite, et en remportant 4 des 7 dernières rencontres avant que le Covid-19 ne cause l’arrêt du championnat. Caen finit 13e. Dupraz a donc tout du bon pompier de service. Mais il a aussi ses failles.

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Si ses débuts sont souvent réussis, Dupraz n’a pas montré l’étoffe d’un coach fait pour durer. À Evian, il a quitté le club sur une relégation en Ligue 2, en 2015. À Toulouse, il est remercié sept mois après le maintien, alors que le TFC n’est que 19e. Ses problèmes de santé n’avaient pas aidé. À Caen, il n’a pas mieux fini non plus : limogeage en plein mois de mars 2021, après de longues semaines sans victoire et une place de 14e pour des Normands qui visaient la montée. La méthode Dupraz, «ne peut pas se faire partout, tout le temps», estime Didot pour Ouest-France.

Dans le Forez, où il succède à Claude Puel avec un contrat jusqu’en fin de saison, le désormais ex-consultant télé va découvrir une ASSE lanterne rouge au classement de Ligue 1. Il lui faudra bien exploiter l’attaquant vedette au fort tempérament, tout comme lui, Wahbi Khazri. Trouver l’équilibre au milieu entre l’expérimenté Boudebouz et les jeunes Gourna-Douath ou Aouchiche. Et, surtout, reconstruire une défense, la deuxième pire de Ligue 1 (39 buts encaissés en 18 journées), traumatisée par la déroute face à Rennes le 5 décembre (0-5). Avec Dupraz, les Verts le savent, ils jouent leur va-tout.

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