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la reine des classiques a retrouvé son calendrier printanier et ses airs de kermesse

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Sur le secteur pavé du Carrefour de l’arbre, dernier des trois secteurs estampillés cinq étoiles de l’édition 2022 de Paris-Roubaix, le 17 avril.

Le peloton de Paris-Roubaix n’était pas encore parti de Compiègne (Oise) que 240 kilomètres plus au nord, au Carrefour de l’Arbre, une horde de camping-cars et d’amateurs de la petite reine l’attendait déjà. Mais il faut être patient, en cette fin de matinée dimanche 17 avril, pour ces quelques secondes de bonheur, le moment où les coureurs frôlent les spectateurs. Le passage de l’édition junior permet de répéter les vocalises. On chante. On boit. Certains jouent au Molki (jeu de quilles finlandais). D’autres tapent dans un ballon de football. On jette un œil à l’écran géant installé à proximité et qui retransmet l’épreuve… Cette année la reine des classiques a retrouvé son calendrier printanier, et ses airs de kermesses.

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Jean-Baptiste Ginnet, 41 ans et originaire de Wattrelos à une bonne dizaine de kilomètres de là, est un « régulier ». Cela fait déjà plusieurs années qu’il vient suivre la course au bord de la route. Téléphone entre les mains, il suit avec attention le direct de l’épreuve, décompte les secteurs pavés et se plie au jeu des estimations de l’itinéraire horaire. Ce dimanche, ça roule vite. Plus vite que les prédictions d’Amaury sport organisation (ASO), l’organisateur de Paris-Roubaix – on apprendra d’ailleurs qu’avec une moyenne de 45,8 km/h ce fut l’édition la plus rapide de l’histoire. Son père, Bruno, lui se fie plus aux signes qu’aux calculs savants. « Vous voyez le clocher au loin ? C’est l’église de Bouvines. Quand l’hélicoptère arrive à ce point, on sait que c’est imminent : ils font une boucle là derrière et ensuite ils sont là », développe-t-il joignant le geste à la parole.

L’édition 2022 de Paris-Roubaix n’a pas fait pas exception : le dernier des trois secteurs pavés estampillés cinq étoiles – plus haut niveau de difficulté – reste l’un des emplacements plébiscités par les spectateurs. « Attention au Carrefour de l’arbre, il y a beaucoup, beaucoup de public », grésille Radio-Tour alors que les premiers coureurs s’approchent de la zone, peu après 16 h 20.

Un public belge visible et habitué

Vingt-six nations étaient représentées dans cette 119e édition, dont les Belges (46 coureurs sur les 170 concurrents) formaient de loin le contingent le plus fourni. Aux abords des pavés, difficile d’affirmer avec certitude que leurs compatriotes étaient les plus nombreux. Mais ils étaient assurément les plus visibles et les plus fervents. Drapeau noir, jaune et rouge, radios qui émettent en flamand, le public du Plat-Pays est venu en voisin et en habitué.

Un groupe détonne dans ce tableau. Il y a bien les perruques tricolores, le barbecue fumant, les cartons de bières Jupiler et le mégaphone. Mais on crie en français et en lieu et place du lion noir de la Flandre, c’est le coq wallon rouge qui accompagne les couleurs nationales.

Leur champion ? Philippe Gilbert, vainqueur de la classique en 2019. « C’est sa dernière saison », raconte Eric Godefroid, ravi que le doyen de la Lotto-Soudal arbore le dossard numéro 1 après le forfait de l’Italien Sonny Colbrelli (Bahrain-Victorious) tenant du titre. Bien sûr, il ne se faisait aucune illusion sur ses chances de le voir de nouveau lever les bras dans le vélodrome de la « ville aux mille cheminées » quelques heures plus tard. « On voulait juste lui dire : respect et merci ! ». Ce dimanche, Philippe Gilbert terminera 30e.

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Eric Godefroid, Pierre Henrard, et leurs amis viennent depuis plusieurs années sur le tracé de Paris-Roubaix. Toujours au même endroit. Et pour cause : emprunté par toutes les éditions de l’« enfer du Nord » depuis 1980, il fait partie intégrante de l’histoire de la course. Situé en pleine campagne, le Carrefour de l’Arbre finit souvent l’écrémage parmi les prétendants au sacre. La géographie des lieux, sa proximité avec la ligne d’arrivée, mais aussi sa difficulté, en font une zone propice aux attaques.

« Un lieu mythique »

Le dicton affirme que le vainqueur est celui qui termine en tête de ce tronçon, dont le dernier pavé se situe à 16 kilomètres du vélodrome de Roubaix. Plus une légende qu’une vérité, même si généralement, le coureur sacré figure parmi les premiers à passer devant l’auberge éponyme. Lestaminet aux briques rouges typiques de la région, qui jadis n’était ouvert que le jour de la classique, a depuis longtemps déjà laissé place à un restaurant gastronomique. Mais le secteur aux pavés disjoints conserve toute son aura de porte de sortie de l’« enfer ».

Après avoir opté pour Camphin-en-Pévèle la veille à l’occasion de l’édition féminine de la course, c’est là que Marie-Anne et Philippe Clarebout, 68 et 65 ans, se sont installés ce dimanche. « C’est un lieu mythique », résume l’époux. Depuis longtemps, le couple qui réside près d’Amiens dans la Somme rêvait de prendre son camping-car et de vivre « en vrai » la « reine des classiques ». Les pavés du Carrefour de l’arbre, le sexagénaire les a déjà « testés » par le passé et ce qu’il en retient « c’est que la course porte bien son surnom d’“enfer du Nord” ». A ses côtés, Marie-Anne glisse dans un sourire, « Il m’a même dit : “si je meurs n’oublie pas de mettre sur ma pierre tombale que je l’ai fait.”  »

Sur le secteur pavé de Gruson à proximité du Carrefour de l’arbre, lors de l’édition 2022 de Paris-Roubaix, le 17 avril.

A quelques centaines de mètres de là, à la sortie du secteur trois étoiles de Gruson, Rob Beuken, 52 ans, et son frère Frank, 54 ans, attendaient quant à eux assis sur un banc en bois. Les Néerlandais ont fait un long voyage – le premier depuis Arnhem, le second depuis La Haye – pour assister à ce week-end de course. La veille, ils étaient au Vélodrome avec l’espoir de voir leur compatriote Marianne Vos (Jumbo-Visma) s’imposer, après sa 2e place en 2021. Pas de chance : testée positive au Covid-19, elle a dû déclarer forfait quelques heures avant le départ.

S’ils confiaient souhaiter cette fois-ci voir Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) ou du Belge Wout van Aert (Jumbo-Vismo) lever les bras dans la « ville aux mille cheminées », ils pourront se consoler avec la victoire d’un autre de leur concitoyen : Dylan van Baarle (Ineos-Grenadiers). Lui qui a pourtant confié, après son sacre, « détester les pavés ».

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