fbpx

en Tunisie, l’émergence d’une génération Ons Jabeur

[adinserter block= »1″]

Pour ne rien manquer de l’actualité africaine, inscrivez-vous à la newsletter du Monde Afrique depuis ce lien. Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du Monde Afrique.

La tenniswoman tunisienne Ons Jabeur au tournoi de Roland-Garros, à Paris, le 22 mai 2022.

Au Tennis club de Tunis (TCT), Zeineb, Mariem, Rahma et Amira s’échangent des balles en guise d’échauffement, sous l’œil attentif de la directrice technique, Assia Halo, une ancienne championne algérienne. Ces jeunes filles âgées de 10 à 17 ans incarnent les espoirs du club du quartier Alain-Savary, l’un des meilleurs de Tunisie. « On travaille la technique, bien sûr, mais aussi le mental. Elles sont jeunes, il faut qu’elles gagnent confiance en elles », insiste l’entraîneuse.

Amira, 16 ans, a commencé le sport à l’âge de 6 ans, poussée par ses parents. Elle admirait la joueuse russe Maria Sharapova, puis elle est devenue fan d’Ons Jabeur : la Tunisienne de 27 ans, sixième au classement mondial, a foulé la terre battue du TCT de nombreuses fois, notamment lors du Nana Trophy, un tournoi international de tennis féminin. « Ses drop shots, son style de jeu, son humour, tout me plaît chez elle », énumère, rêveuse, Amira. A ses côtés, Zeineb, Mariem et Rahma acquiescent.

Lire aussi : Roland-Garros : l’élimination de Ons Jabeur dès le premier tour, première surprise de la quinzaine

Depuis cinq ans, le parcours fulgurant de la championne enthousiasme la Tunisie. Qu’importe son élimination dès le premier tour de Roland-Garros dimanche 22 mai. Première joueuse arabe à remporter un tournoi WTA avec une victoire à Madrid le 7 mai, elle a été surnommée la « ministre de la joie » par ses supporteurs dans un pays où règne un climat politico-économique morose.

Près de 30 000 licenciés

« En quelques années, alors qu’on ne parlait que de football au café, le tennis s’est fait une place dans les conversations grâce à Ons », témoigne Haythem Abidi, entraîneur au Gazelec Sport de Tunis. C’est dans ce club que s’entraîne Feryel Ben Hassen, 17 ans, qui apparaît comme l’une des plus sérieuses dauphines d’Ons Jabeur, avec un bon classement chez les juniors au niveau mondial. Elle aussi se dit « très motivée par l’exemple d’Ons, sa force mentale et sa ténacité ». Au TCT, Chiraz Bechri, 23 ans, est également en train de s’imposer, malgré des blessures qui ont ralenti un début de carrière prometteur. « Ons est pour elle une inspiration : elle aussi a subi des blessures et des coups durs et elle a pu se relever », commente son coach, Chokri Ben Amor.

Nabil Mlika, ancien entraîneur d’Ons Jabeur dans le club de Hammam Sousse (est), dit se servir de son ancienne protégée comme d’une « référence » pour les enfants qu’il entraîne. « Quand je veux leur expliquer une technique de jeu ou un geste, dès que j’évoque Ons, j’ai toute leur attention », plaisante-t-il. Au Gazelec Sport, Haythem Abidi se réjouit de la multiplication du nombre de joueuses qui atteignent un stade de compétition entre 10 et 14 ans. « Il y a trois ans, nous avions des tableaux de 30 joueuses, aujourd’hui on arrive à 128 dans des tournois nationaux », explique-t-il.

Lire aussi : En Tunisie, la championne de tennis Ons Jabeur vend sa raquette contre le Covid-19

La Fédération tunisienne de tennis (FTT) confirme que le nombre de pratiquants a triplé ces dernières années. Le pays compte près de 30 000 licenciés et une cinquantaine de clubs, contre 30 cinq ans plus tôt. Cet élan a été impulsé par la présidente de la FTT, Salma Mouelhi Guizani, en poste depuis 2013. L’ancienne joueuse a imposé la parité dans la direction de la fédération et au niveau des clubs. « J’ai voulu démocratiser et féminiser ce sport », confirme celle qui a aussi renforcé les tournois nationaux – près de 35 par an – afin de permettre aux joueurs d’entrer dans les circuits professionnels.

Un tournoi WTA à Monastir

Aujourd’hui, le nombre de femmes et d’hommes s’équilibre, alors que vingt ans plus tôt, le tennis était un sport plutôt masculin en Tunisie. « Je me souviens qu’on s’entraînait beaucoup avec les garçons faute d’être assez nombreuses », explique Mounira Bey, coach pour des jeunes filles à Djerba (sud-est). Nabil Mlika se souvient aussi d’avoir fait jouer Ons Jabeur dans des tournois masculins : « A 11 ans, elle battait déjà des filles plus âgées qu’elle », raconte-t-il.

L’enjeu pour la fédération est désormais d’améliorer les infrastructures, car le pays n’a ni de terrains intérieurs ni de surfaces en gazon. « Aujourd’hui, la dynamique doit gagner l’Etat pour que le sport à un niveau compétitif soit une priorité pour l’épanouissement de nos jeunes », insiste Salma Mouelhi Guizani. Car sans le soutien des autorités, l’envers du décor pour les graines de championnes est peu reluisant. « Nous avons beaucoup de potentiel, mais la difficulté reste de trouver les sponsors », rapporte Slim Abassi, le coach principal des jeunes joueuses du TCT. Ons Jabeur en a aussi pâti à ses débuts. Aujourd’hui, des affiches à son effigie d’un opérateur télécoms tunisien sont visibles sur tout le territoire.

Lire aussi Le tennis et la Tunisie, les deux passions d’Ons Jabeur

Assia Halo espère que la notoriété de la tenniswoman attirera de nouveaux sponsors vers de jeunes talents. « Dès que les joueuses deviennent majeures, il faut passer à un autre stade, avoir un coach privé, un préparateur physique, etc. Cela coûte environ 5 000 dinars par mois [plus de 1 500 euros], ce qui est très lourd à assumer pour une famille tunisienne », explique-t-elle. A Hammam Sousse, Nabil Mlika reste confiant : « Ces dernières années, nous avons beaucoup de parents qui inscrivent leurs enfants et des entreprises qui s’intéressent de près à la question du sponsoring, alors que ce n’était pas le cas il y a trois ou quatre ans. »

L’effet Ons Jabeur n’en finit pas de faire des émules. Surfant sur son succès, la FTT a pu obtenir l’organisation d’un tournoi WTA à Monastir en octobre.

Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.