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En finale de Roland-Garros, Iga Swiatek joue plus qu’un titre

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Iga Swiatek lors de sa victoire en demi-finale du tournoi de Roland-Garros contre Daria Kasatkina, le 2 juin 2022 à Paris.

Mal embarquée pour la première fois de la quinzaine, après avoir cédé la première manche à la jeune chinoise Qinwen Zheng, lundi 30 mai en huitièmes de finale, Iga Swiatek a fait le vide en « [chantant] dans sa tête ». Une chanson, et ça repart. La Polonaise a ensuite déroulé son tennis pour renverser son adversaire et poursuivre son parcours sans faute dans le tournoi de Roland-Garros.

« En fait, je chante toujours quelque chose. Mais, là, j’ai changé de chanson », a révélé la joueuse après sa victoire. Elle a expliqué avoir réussi à inverser la tendance quand elle a compris que, en se concentrant sur les aspects techniques, « ça ne fonctionnait pas » et qu’elle était « de plus en plus tendue ». La solution est venue grâce à la chanteuse Dua Lipa : un « plaisir coupable » pour cette amatrice de rock à l’ancienne. Elle n’a pas précisé quelle chanson de la star de la pop britannique lui était passée par la tête, mais, vu comme elle survole le circuit féminin, ce pourrait être Levitating.

A 21 ans tout juste (elle les a célébrés le 31 mai), Iga Swiatek doit disputer, samedi 4 juin, face à l’Américaine Cori Gauff, sa deuxième finale à Roland-Garros. Mais, contrairement à son sacre à l’automne 2020 – pandémie liée au Covid-19 oblige – où la jeune Polonaise avait déboulé dans la cour des grandes sans crier gare (commençant le tournoi à la 54e place mondiale), c’est en favorite qu’elle a débarqué, fin mai, à Paris.

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« Je me sens bien plus grande qu’il y a deux ans », assure-t-elle. Du haut de son 1,76 mètre, Iga Swiatek a désormais bien une autre stature. Elle est devenue numéro 1 mondiale au printemps, après que l’Australienne Ashleigh Barty a choisi de remiser les raquettes (à 25 ans). « Le monde a changé pour moi, a souri la joueuse à l’orée du tournoi. Les gens me traitent différemment à cause de ce classement, mais je reste la même joueuse et la même personne. »

« Approche mentale »

Dans un circuit féminin accoutumé aux étoiles filantes, où aucune autre joueuse ne brille par sa constance (depuis 2017, quatorze vainqueures différentes ont décroché les vingt titres du Grand Chelem en jeu), Iga Swiatek pourrait devenir la tête d’affiche. « Elle a beaucoup de choses en elle pour s’imposer en tant que numéro 1 mondiale et gagner d’autres Grands Chelems, assure l’ancienne joueuse Justine Hénin, désormais consultante pour France Télévisions, interrogée avant le tournoi. C’est probablement la plus constante et la plus stable des joueuses actuelles en termes d’effort et de travail dans son développement. »

La Belge aux sept titres en majeurs ne s’emballe pas pour autant, reconnaissant avoir cru que Naomi Osaka allait s’imposer en « patronne du circuit » l’an passé, avant que la Japonaise, submergée par la pression, révèle « avoir traversé de longues périodes de dépression ».

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La santé mentale, Iga Swiatek l’intègre à sa préparation depuis le début de sa – jeune – carrière. Depuis 2019, la joueuse est accompagnée au quotidien par une psychologue du sport, sa compatriote Daria Abramowicz. « Elle me connaît bien. Elle sait comment me guider vers la bonne solution pour me détendre », assure Iga Swiatek, au sujet de celle qui fait office de préparatrice mentale. Avec elle, la Varsovienne a « beaucoup travaillé pour changer [son] approche mentale ».

La pression n’a jamais été aussi forte sur les épaules de la joueuse. Jeudi, en laminant la Russe Daria Kasatkina en demi-finales (6-2, 6-1), Iga Swiatek a enchaîné une 34e victoire de rang sur le circuit WTA. Depuis le 22 février, la jeune Polonaise a remporté tous les tournois auxquels elle a pris part. Au XXIe siècle, seule l’Américaine Venus Williams a signé une série supérieure (35, en 2000). « Pour moi, il est évident que cette série va s’arrêter », insiste la joueuse, assurant être arrivée à Paris « sans savoir à quoi [s’]attendre et sans objectif particulier ».

Depuis un an, Iga Swiatek travaille d’arrache-pied pour s’établir au sommet du tennis mondial. Outre un changement de coach à l’intersaison, la Polonaise avance comme « libérée ». « Cette saison, c’est comme si tout s’enclenchait parfaitement, physiquement, sur mon jeu et mon mental, observe-t-elle. L’an dernier, j’en faisais beaucoup, mais je continuais à acquérir de l’expérience. Désormais, je l’utilise pour que tout fonctionne. » Incontestable numéro 1 mondiale, Iga Swiatek s’est désormais prouvé qu’elle « était capable de gérer ça ». Et continue de regarder plus haut : « J’ai encore une grande marge de progression. »

Led Zeppelin, AC/DC et Guns N’Roses

Pas sûr que la concurrence s’en réjouisse. A la veille du tournoi, Iga Swiatek s’est faufilée dans la conférence de presse de la Tunisienne Ons Jabeur, venant récupérer sa gourde égarée dans la salle. « On vient de me demander comment te battre. Tu pourrais leur dire, car je ne trouvais pas de réponse », s’est enquis la numéro 6 mondiale, expédiée par la Polonaise en finale du Masters 1000 de Rome une semaine plus tôt. « Mets quelque chose là-dedans », suggère Swiatek dans l’hilarité générale, désignant sa gourde. Eliminée dès le premier tour du tournoi, dont elle faisait partie des potentielles favorites, Ons Jabeur n’aura pas eu l’occasion de tester le conseil. Comme elle, toutes les joueuses du circuit se cassent les dents sur l’équation Swiatek.

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Profitant d’un répit de quarante-huit heures entre ses deux premiers tours, Iga Swiatek s’en est allée découvrir le château de Versailles et ses jardins. « J’aime vraiment les maths. Et à Versailles, tout est tellement symétrique », s’est enthousiasmée la joueuse, après avoir déroulé au deuxième tour contre l’Américaine Alison Riske. Si elle assume, à l’entraînement, aimer réaliser « le même nombre de coups droits croisés et de revers croisés », cette fan absolue de Rafael Nadal n’en est pas encore à aligner minutieusement ses bouteilles devant elle à chaque changement de côté, comme le fait le Majorquin.

Samedi, à l’heure de pénétrer sur l’ocre du court Philippe-Chatrier pour y disputer sa deuxième finale en trois ans – face à l’encore plus jeune Américaine Cori Gauff, 18 ans –, Iga Swiatek ne dérogera pas à sa routine. Son casque sur les oreilles, elle montera en pression au son de l’un des trois groupes qui l’accompagnent depuis toujours : Led Zeppelin, AC/DC et les Guns N’Roses.

« La musique me permet d’occuper mon esprit et de me détendre avant le match, expose-t-elle. Mais j’ai aussi besoin d’un truc énergique, donc ces groupes sont parfaits. » Parvenue au sommet de son sport, sa trajectoire pourrait évoquer l’ascension d’un Stairway to heaven – l’« escalier vers le paradis », chanté par Led Zeppelin. « D’une certaine façon, c’est le cas… mais ce n’est pas une chanson que j’écoute », tranche la joueuse. Qui gardera secret le titre qu’elle entonnera dans sa tête pour rythmer sa finale.

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