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l’Olympique lyonnais s’apprête à passer sous pavillon américain

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Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique lyonnais, le 30 avril 2022.

Le 15 juin, Jean-Michel Aulas fêtait les trente-cinq ans de sa prise de pouvoir à la tête de l’Olympique lyonnais (OL). A peine une semaine plus tard, l’emblématique président de l’OL est sur le point de conclure la vente du club de football, septuple champion de France : réuni lundi 20 juin, le conseil d’administration a acté l’ouverture de négociations exclusives pour la cession d’environ 66,56 % du capital d’OL Groupe à la holding Eagle Football de l’homme d’affaires américain John Textor. Cette participation devrait atteindre 80 % au terme du processus.

Si cette opération – qui devrait intervenir « dès septembre 2022 et se conclure au cours du quatrième trimestre » – sonne comme une évolution historique, elle ne signe pas encore la fin de l’« ère Aulas » : « JMA », 73 ans, restera à la tête de l’OL pour une durée « d’au moins trois ans ». « Ce nouvel actionnaire sera un accélérateur pour nos projets actuels et à venir », explique Jean-Michel Aulas.

La proposition de John Textor, déjà propriétaire des clubs de football de Crystal Palace, en Grande-Bretagne, Botafogo, au Brésil, et de Molenbeek, en Belgique, était en concurrence avec trois autres offres. Elle est celle qui a concilié un montant satisfaisant valorisant le club à hauteur de 800 millions d’euros et les garanties financières les plus solides. « Le projet que j’ai découvert à Lyon avec Jean-Michel Aulas et toutes ses équipes sera à l’épicentre de notre nouvelle organisation et de nos investissements au service du football mondial, a déclaré Textor, l’Olympique lyonnais sera la pierre angulaire de notre projet. »

John Textor a accepté de procéder à une augmentation de capital immédiate de 86 millions d’euros. Comme le club est coté en Bourse, le rachat interviendra après un processus d’offre publique d’achat simplifiée.

Pathé a voulu accélérer sa sortie

Depuis plus de trois mois, les groupes Pathé et IDG, actionnaires principaux de l’OL aux côtés de Jean-Michel Aulas, avaient annoncé leur désir de mettre fin à leur aventure lyonnaise et missionné la banque américaine Raine pour trouver des acheteurs.

Le groupe issu de l’industrie cinématographique, investisseur historique du club depuis 1999, détenait 19,38 % des parts d’OL Groupe, tandis que le fonds d’investissement chinois, arrivé en 2016, en possédait 19,85 %. Jean-Michel Aulas restait l’actionnaire majeur avec 27,72 % des parts. Il cède donc une partie importante des parts de sa holding Holnest dans l’opération.

La crise qui touche le cinéma, aggravée par la pandémie de Covid-19, a accéléré la décision de Jérôme Seydoux, patron de Pathé. « Les choses avec le temps se sont un peu délitées entre les deux actionnaires, confiait un observateur du microcosme lyonnais. Avec la baisse de fréquentations des salles, Pathé a un besoin urgent de capitaux et veut son argent avant le début de l’été. »

De son côté, IDG, qui n’est pas à l’origine de l’opération sans s’y opposer pour autant, n’avait exprimé qu’un seul souhait : récupérer une plus-value, aussi minime soit-elle.

Second souffle économique

Ancien premier adjoint au maire de Lyon lorsque Jean-Michel Aulas est devenu propriétaire du club local, André Soulier, voisin de la famille Seydoux dans le Beaujolais, connaît bien les protagonistes de l’affaire. « Je n’en veux pas du tout à Jérôme de partir. Il a le droit de céder ses parts, remarque l’avocat de 89 ans. Il a apporté à Jean-Michel un appui considérable à une époque où l’OL avait besoin de se renforcer. Cela a permis d’entamer cette aventure exceptionnelle qu’est le Groupama Stadium », le stade dans lequel évolue l’OL depuis 2016.

Face à la concurrence qatarie du PSG, celle du milliardaire américain John McCourt à l’OM ou encore de l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev à Monaco, le club ressentait le besoin d’un second souffle économique. D’autant que les mauvaises nouvelles n’ont cessé de frapper l’OL ces dernières saisons.

Sportivement, les résultats sont très en deçà des attentes, notamment avec une non-qualification en Coupe d’Europe pour la saison prochaine. Financièrement, la crise due au SARS-CoV-2 a privé l’OL des revenus liés à son stade pendant plus d’un an, pour des pertes estimées à 100 millions d’euros.

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Avant même la décision de Pathé, Jean-Michel Aulas avait décidé de prospecter de nouveaux investisseurs, sans s’être fixé de date butoir. Un proche du club évoque l’existence de « discussions avec de nombreux interlocuteurs », cependant pas pour une vente, mais pour « une augmentation de capital. »

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« Club fort, construit »

Le football français est, aujourd’hui, le marché le plus en vogue pour les actionnaires américains et moyen-orientaux. Seul club qui possède son stade, son centre d’entraînement, un complexe de loisirs (OL Vallée), une franchise de soccer féminin aux Etats-Unis et une nouvelle Arena de 16 000 places qui sortira de terre fin 2023 (pour accueillir matchs de basket, concerts, séminaires), l’OL était attractif. « La mariée est belle pour les investisseurs étrangers », souligne un proche du dossier.

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« Sur l’aspect capitalistique et financier en général, [Jean-Michel Aulas] ne s’est jamais beaucoup trompé dans sa carrière. C’est son modèle fort qui intéresse les investisseurs. Il a un club fort, construit, qui tient capitalistiquement », estime Olivier Blanc, ancien directeur de la communication de l’OL, au club de 1987 à 2020.

La personnalité de Jean-Michel Aulas fait consensus à Lyon, une ville à l’identité locale forte. L’avocat André Soulier le rappelait quelques jours avant l’officialisation de la vente : « Cela va se terminer par un accord qui maintient Jean-Michel pour un temps, que sa seule santé déterminera. » Et il menaçait avec sa gouaille lyonnaise l’impudent qui aurait eu l’idée de débarquer la figure locale : « J’ouvrirais ma gueule. Les Lyonnais seraient d’accord avec moi. A Lyon, on ne fait rien sans les Lyonnais. Les empereurs romains se seraient cassé les dents s’ils avaient fait le contraire. Et l’Eglise aussi. » Après la pax romana, Lyon prie pour une pax americana.

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