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forte concurrence, mais peu de reconnaissance pour le lancer du marteau

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Quentin Bigot lors du meeting de la Diamond League à Paris, le 18 juin 2022.

A Eugene (Oregon) le 16 juillet, en finale du lancer du marteau, Quentin Bigot sera l’une des principales chances de médailles françaises aux championnats du monde d’athlétisme. Comme il l’est régulièrement depuis les Mondiaux de Londres en 2017, où il avait échoué au pied du podium.

Vice-champion du monde en 2019, 5e aux Jeux olympiques de Tokyo, le Messin, qui s’est qualifié vendredi 15 juillet pour la finale des Mondiaux avec un jet de 77,95 m, est devenu une valeur sûre de sa discipline. Une performance loin d’être aisée, tant le niveau général du lancer du marteau ne cesse de progresser.

Si, en 2016, le champion olympique Dilshod Nazarov avait été couronné à Rio avec un jet à 78,68 mètres, cinq ans plus tard, au Japon, le Polonais Wojciech Nowicki était sacré en réalisant 82,52 mètres, battant son record personnel. Quentin Bigot manquait alors une deuxième médaille dans un grand championnat en dépit d’un jet à 79,39 mètres.

Dès 2019, alors que Bigot venait juste de décrocher sa première récompense mondiale chez les seniors, son entraîneur, Pierre-Jean Vazel, l’avait pourtant averti : « Je lui avais dit : “C’est très bien 78,19 mètres, mais ça ne suffira pas. La vague monte”, se remémore le coach. Aux Jeux, on pensait qu’il faudrait faire 79 mètres pour faire un podium. On s’est trompés. »

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Le principal concerné observe sereinement ce phénomène : « Il y a eu un creux entre 2015 et 2018. Une nouvelle génération est arrivée, et le niveau remonte. » Mais pas seulement, puisque au marteau la longévité des meilleurs entretient aussi la concurrence : « Le turn-over des athlètes est moins régulier que dans d’autres disciplines. Pawel Fajdek était déjà champion du monde en 2013. Dix ans plus tard, il est encore là », rappelle Quentin Bigot. Le Polonais s’est approprié les quatre derniers titres mondiaux.

« Ça tire vers le haut »

« Il y a plus de jeunes lanceurs, et donc le niveau s’élève. Cela me pousse à avoir plus de motivation, à travailler plus afin de devenir meilleur », confirme un autre acteur polonais de premier plan du lancer, Wojciech Nowicki, champion olympique en titre, rencontré avant sa victoire au meeting de Paris, le 18 juin. A 33 ans, ce dernier, qui collectionnait les médailles de bronze (trois mondiales, une européenne et une olympique), atteint sa pleine maturité. Cette année, il est en tête des bilans, avec 81,58 mètres, et il a lancé cinq fois à plus de 80 mètres en huit sorties.

« Cela force à aller chercher des améliorations partout où l’on peut, remarque Pierre-Jean Vazel. C’est ce que tout le monde fait en ce moment, et ça tire vers le haut. » Quentin Bigot, qui dit « continuer à progresser tous les ans », relève pour l’instant le défi. Cette année, il a dépassé deux fois les 80 mètres en cinq compétitions, parvenant à améliorer son record personnel le 5 juin à Chorzow (Pologne).

Mais, malgré un jet mesuré à 80,55 mètres, il pointe à la 4place des bilans. Et sur le stade Hayward Field, à Eugene, le meilleur lanceur français le sait : il ne faudra pas être en dessous des 80 mètres pour prétendre à une récompense : ils sont actuellement huit lanceurs entre 79,86 mètres et 81,58 mètres.

Si Pawel Fajdek (83,95 m) ou Wojciech Nowicki (82,52 m) dominent la discipline, ils sont toutefois encore loin des records établis dans les années 1980 par les Soviétiques. En 1986, le meilleur d’entre eux, Youri Sedykh, avait lancé à 86,74 mètres, ce qui constitue toujours le record du monde.

Moyens plus pacifiques

Si les compétitions de lancer du marteau donnent lieu à une forte concurrence, la discipline reste absente du programme de la Diamond League, circuit qui regroupe les plus grands meetings d’athlétisme dans le monde. Les choses commencent cependant à bouger. En juin, le marteau a figuré au « préprogramme » des étapes à Oslo et à Paris.

« C’est un signe positif. J’espère que le boss de World Athletics [la fédération internationale d’athlétisme] se rendra compte que les lanceurs sont de plus en plus attractifs, parce que je crois que les gens aiment voir comment le marteau peut voler si loin », fait remarquer Wojciech Nowicki.

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Quentin Bigot milite pour une intégration complète du marteau au programme de la Diamond League. « Au meeting de Chorzow début août [qui remplace les étapes chinoises annulées pour cause de Covid-19], on sera considérés comme les autres, raconte-t-il. A Paris ou à Oslo, nous n’avions pas les mêmes primes. On n’est pas moins bien ou mieux que le 100 mètres. Que ça rapporte plus ou moins aux sponsors est un autre problème. Nous sommes une discipline de l’athlétisme comme une autre. »

Le champion rejette les arguments avancés par les instances internationales, qui considèrent le lancer du marteau comme une épreuve trop dangereuse pour figurer dans les grands meetings, à la différence du javelot ou du disque. « C’est de la mauvaise foi. On se souvient du javelot planté dans les côtes de Salim Sdiri [en 2007 à Rome]. Je ne crois pas que l’on ait en tête quelqu’un qui se prend un marteau en pleine tronche, plaide-t-il. C’est déjà arrivé dans l’histoire, mais pas dans les grands championnats ou les grands meetings. »

A Eugene, c’est avec des moyens plus pacifiques – par exemple un concours de haut vol – que les lanceurs de marteau espèrent en mettre plein les yeux au public et convaincre les décideurs.

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