fbpx

la nouvelle vague du cyclisme américain

[adinserter block= »1″]

L’Américain Quinn Simmons (Trek-Segafredo), le 12 juillet 2022 lors de la 10e étape du Tour de France entre Morzine et Megève (Haute-Savoie).

Quand il était enfant, Quinn Simmons n’était pas vraiment passionné par le cyclisme. Le natif de Durango, dans les montagnes du Colorado (Etats-Unis), raconte qu’il était un peu « agacé » de voir son père passer autant de temps devant la télévision pour regarder le Tour de France. Lui était plutôt branché ski-alpinisme.

Cinq ans plus tard, c’est pourtant bien sur les routes de la Grande Boucle que le cycliste de 21 ans traîne son sourire – rarement masqué malgré la menace du Covid-19 – pour sa première participation à l’épreuve reine du cyclisme sur route. « La décision finale a été arrêtée pendant le Tour de Suisse [terminé le 21 juin, avec le maillot à pois de meilleur grimpeur]. Dans ma tête je m’étais préparé comme si j’y allais, mais on est toujours un peu nerveux jusqu’au dernier oui », se réjouit le coureur de l’équipe Trek-Segafredo.

Si Quinn Simmons est le benjamin de cette 109e édition, il est aussi l’un des sept Américains présents au départ de l’épreuve, à Copenhague, le 1er juillet. Du jamais-vu depuis 2014. « Je suis convaincu que ce nombre va continuer de grossir », glissait Kevin Vermaerke (DSM), contraint à l’abandon dans la 8e étape entre Dole (Jura) et Lausanne (Suisse), le 9 juillet.

« Moins de soutien aux Etats-Unis »

« Il y a eu plusieurs vagues américaines sur le Tour : dans les années 1980 avec Greg LeMond, puis au début des années 2000 avec Lance Armstrong. On est sur la troisième », estime le photojournaliste franco-américain James Startt, auteur de Tour de France/Tour de Force. A Visual History of the Worlds Greatest Bicycle Race (Chronicle Books, 2000) et trente-trois Grandes Boucles au compteur.

Ce qui frappe dans cette nouvelle vague, c’est autant sa jeunesse que sa dissémination dans le peloton. Hormis les grimpeurs Sepp Kuss (Jumbo-Visma), 27 ans, et Joe Dombrowski (Astana-Qazaqstan), 31 ans, les cinq autres coureurs affichent 25 printemps ou moins. Surtout, tous évoluent dans des équipes différentes, quand par le passé les contingents américains roulaient pour des formations battant pavillon du pays comme 7-Eleven, Motorola ou US Postal.

Brent Bookwalter, qui a passé une grande partie de sa carrière au sein de l’une d’elles (BMC Racing), y voit le signe d’une évolution des mentalités. « En tant que jeune coureur, en tant qu’Américain, rouler pour une équipe française ou espagnole implique de s’immerger dans une culture différente et cela pouvait sembler très intimidant », développe le natif d’Albuquerque (Nouveau-Mexique), consultant sur le Tour pour la chaîne Flo TV.

Il est une autre explication, plus prosaïque : « Il y a moins de soutien pour le cyclisme sur route aux Etats-Unis : moins de courses, d’équipes, d’infrastructures », résume-t-il. La faute à la conjoncture économique, mais aussi aux affaires de dopage qui ont eu de fortes conséquences sur l’engagement des sponsors et l’engouement populaire.

L’héritage ambigu d’Armstrong

Au milieu des années 2000, les Etats-Unis pouvaient se targuer d’avoir remporté onze fois la Grande Boucle : Greg LeMond (1986, 1989 et 1990), Lance Armstrong (1999-2005), et Floyd Landis (2006), soit, à l’époque, plus que l’Italie et l’Espagne. Contrôlé avec un taux de testostérone onze fois supérieur à la normale, Floyd Landis sera déclassé. Suivra Lance Armstrong, en 2012.

Ian Boswsell a grandi avec les exploits du « boss ». Aux yeux de l’ancien coureur des formations britannique Sky et suisse Katusha-Alpecin, son héritage reste ambigu. « Lance est la raison pour laquelle nous avons tant investi dans le cyclisme aux Etats-Unis, souligne le trentenaire. Ce mec du Texas qui réussit à dominer l’épreuve la plus prestigieuse au monde nous a montré que c’était possible. »

Lire aussi (2019) : Lance Armstrong : « Nous avons fait ce que nous devions faire pour gagner, ce n’était pas légal, mais je ne changerais rien »

Sa chute a laissé un vide et ses compatriotes ont longtemps gardé une image de coureurs « sales ». Mais le plus gros souci, insiste-t-il, a été qu’une bonne partie de sa génération se voulait coureur de classement général, « alors qu’ils auraient été sans doute meilleurs sur des terrains plus spécifiques ». A l’instar de Tejay Van Garderen, spécialiste du contre-la-montre, mais rarement régulier sur une course de trois semaines.

Désormais, les ambitions sont plus discrètes et variées. « Je ne serai sans doute jamais un coureur de général sur un Grand Tour, mais peut-être qu’après avoir roulé ma bosse quelques années sur la route je pourrais viser les courses d’une semaine », explique, par exemple, Quinn Simmons.

« La figure du champion »

Les résultats commencent à venir. Le 7 juillet 2021, Sepp Kuss franchissait en solitaire la ligne d’arrivée à Andorre-la-Vieille, offrant aux Etats-Unis leur première victoire d’étape sur le Tour de France depuis Tyler Farrar à Redon (Ille-et-Vilaine), en 2011.

Lors de la première semaine de cette édition 2022, Neilson Powless (EF Education EasyPost) est passé à quelques secondes de se parer de jaune : jamais un Américain n’avait été aussi près du sommet du classement général depuis Tejay Van Garderen, en 2018 – à égalité de temps avec son coéquipier belge Greg Van Avermaet, à l’issue du chrono par équipes.

L’Américain Neilson Powless (à droite) lors de la 5e étape du Tour de France, entre Lille Métropole et Arenberg Porte du Hainaut (Nord), le 6 juillet 2022.

De mémoire de suiveurs, on voit moins de Star-Spangled Banner, le drapeau des Etats-Unis, sur les bords de route que lors des grandes heures d’Armstrong. Dans le pays, « le cyclisme sur route reste très lié à la figure du champion », explique James Startt. « Je l’ai constaté en étant coéquipier de Tejay, en l’accompagnant dans les hauts et les bas de sa carrière : les Américains l’aimaient quand il marchait bien et le conspuaient dans les moments plus difficiles, abonde Brent Bookwalter. Ce groupe, aujourd’hui, peut se partager ce fardeau. Ce n’est pas comme si l’un d’entre eux était brandi comme “le” nouveau visage du cyclisme américain qui concentre tous les espoirs. » De quoi leur laisser le temps de trouver leurs points forts et d’inscrire cette nouvelle vague dans la durée.

Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.