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Sasha Zhoya, le jeune talent qui redonne le sourire à l’athlétisme français

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Sasha Zhoya (à droite) lors des championnats du monde d’athlétisme à Eugene (Oregon), le 16 juillet 2022.

Lorsque l’on est habitué depuis son plus jeune âge à franchir les étapes – comme les haies – avec une précocité étonnante, on s’accoutume à l’exigence qui nous entoure. A 20 ans, alors qu’il dispute sa première saison chez les seniors, Sasha Zhoya en fait l’expérience.

L’athlète français, spécialiste du 110 m haies, possède déjà une belle carte de visite : champion d’Europe et champion du monde dans la catégorie junior, il est aussi détenteur des records du monde cadet et junior de la spécialité.

Compte tenu de ce pedigree, il se savait attendu, en juillet, aux championnats du monde à Eugene (Oregon). D’autant qu’il venait, le 25 juin, de décrocher le titre de champion de France senior en battant à deux reprises son record personnel (13 s 17 en finale). Lui-même avait annoncé vouloir « monter sur le podium » aux Etats-Unis.

Il a cependant été éliminé dès les demi-finales. « J’ai fait beaucoup d’erreurs, mais ça arrive. Je n’avais pas la préparation suffisante dans la dernière semaine pour faire mieux », a-t-il plaidé, alors qu’il était arrivé sur ces Mondiaux avec une gêne au tendon d’Achille, qui ne lui a pas permis de se présenter dans la forme qu’il avait affichée jusqu’alors.

Rien d’alarmant tant, ces derniers mois, l’athlète – né en Australie d’une mère française et d’un père zimbabwéen, qui a choisi de défendre les couleurs tricolores début 2020 – a impressionné par sa capacité à s’adapter au passage chez les adultes. A Munich, pour ses premiers championnats d’Europe, il figure parmi les prétendants à un podium : entrée en lice le 16 août et finale éventuelle le 17 août.

Son temps aux championnats de France, s’il avait été réussi dans les conditions d’une finale d’un championnat du monde, lui aurait permis d’être à la bataille pour la troisième place. C’est exactement ce chrono qu’a réalisé, à Eugene, l’Espagnol Asier Martinez, médaille de bronze, qui sera l’un des favoris à Munich.

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« Culture de la gagne »

A Eugene, Sasha Zhoya s’est montré disponible et souriant, déjà professionnel, avec son accent australien et son mélange d’expressions anglaises et françaises. Après sa qualification en série, on l’avait vu esquisser quelques pas de danse en tribune de presse avec son compatriote Just Kwaou-Mathey, lui aussi qualifié.

Un état d’esprit que l’un de ses deux entraîneurs, l’ancien sprinteur Dimitri Demonière, met en avant lorsqu’on l’interroge sur la pression qui pèse sur les épaules de son protégé, déjà présenté comme le plus grand espoir de l’athlétisme français à deux ans des Jeux olympiques de Paris : « Sasha a une culture anglo-saxonne. Cette culture de la gagne, il l’a depuis le plus jeune âge. Il vient d’avoir 20 ans. il sait très bien s’adapter à cette pression. C’est quelqu’un d’un peu cool, il a beaucoup d’humour, il est très relâché. C’est un showman, ça coule dans le sang. »

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Cette année, sous la houlette de Ladji Doucouré, recordman de France de la discipline et ex-champion du monde, Sasha Zohya a dû relever un énorme défi : avec le passage de la catégorie junior à la catégorie senior, il a dû s’adapter à une hauteur de haies de 1,06 mètre, contre 99 centimètres jusqu’alors. La différence peut sembler minime. Elle nécessite toutefois un réglage technique et une période de transition qui peut être parfois très longue. Dans le cas de Sasha Zhoya, elle a été spectaculairement rapide.

« On voit que ça passe déjà pas trop mal. Il y a encore du travail », relève Dimitri Demonière. Le principal intéressé confirme : « Ne pas faire la saison en salle cet hiver et me concentrer sur la technique a été un bon choix. Je gère les haies à 1,06 mètre pas trop mal. Je peux toujours faire mieux. »

Lors de la finale du championnat de France, malgré son excellent temps, le nouveau champion national a commis plusieurs fautes. Ce qui laisse augurer d’une marge de progression. « Lorsque Sasha réalise son record du monde junior à Nairobi en 2021, il y avait aussi des fautes. Il y aura toujours des fautes, car la course parfaite n’existe pas », explique Dimitri Demonière.

« Un super talent »

L’émergence du jeune athlète ne passe pas inaperçue. « Sasha est un super talent. On le sait depuis les rangs juniors. Il a fait un travail phénoménal de transition de la hauteur des haies en un temps assez court », souligne l’entraîneur américain Andreas Behm, spécialiste du 110 m haies.

Celui qui s’occupe de l’Américain Aries Merritt, toujours recordman du monde depuis 2012 (12 s 80), poursuit : « Ce n’est pas un athlète super grand [1,84 mètre], donc parfois, ces athlètes ont du mal à franchir ces quelques centimètres de plus. Il a eu des problèmes de croissance au début de l’année. Mais il a couru en 13 s 17 et il est en train de comprendre. Il va continuer à s’améliorer. »

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Dans l’entourage de Zhoya, on reste prudent, mais on n’en pense pas moins. « On ne se prononce pas publiquement sur ses objectifs chronométriques, mais on sait ce qu’il vaut », lâche Dimitri Demonière.

Sasha Zhoya et Ladji Doucouré en plaisantent régulièrement. Le cadet veut surpasser son aîné, recordman de France en 12 s 97, depuis 2005 : « Ladji me taquine, ça donne de la motivation. Il a fait une belle carrière, mais je veux faire mieux que lui. Il le sait et alors il me chauffe. Il sait que son record ne va pas rester trop longtemps [rires]. »

La danse, « sa bouffée d’oxygène »

Si la trajectoire du hurdler est météorique, elle connaît aussi parfois de légers à-coups. La période du confinement et les difficultés pour voyager entre la France et l’Australie pendant l’épidémie de Covid-19 ont éprouvé le jeune homme, qui a même (brièvement) pensé à tout arrêter pour se lancer dans sa première passion, la danse.

De l’avis de ses proches et de tous ceux qui l’ont vu danser, s’il est une discipline où il excelle encore plus que l’athlétisme, c’est celle-là. « La danse est un régulateur pour Sasha. Il en a besoin pour s’exprimer. C’est sa bouffée d’oxygène. On ne peut pas lui enlever », confesse Dimitri Demonière.

Découvrir la défaite aux Mondiaux a été une autre étape formatrice. Andreas Behm l’avait anticipé : « Cela va être son premier grand championnat senior. Cela va être difficile. Faire un chrono rapide dans son pays, c’est beaucoup plus facile que d’aller le faire dans une grande compétition à l’étranger », avait déclaré l’entraîneur américain au Monde à quelques jours de l’entrée en lice du Français.

A Munich, avec l’expérience d’Eugene et de meilleures conditions, Sasha Zhoya pourrait passer à la vitesse supérieure. Les Bleus ont bien besoin de son talent et de son insouciance.

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